LE LOBBY NUCLEAIRE, VIPERE LUBRIQUE ?

 

L’énergie nucléaire utilisée pour la première fois pour des armes de destruction massive en 1945, peine à se débarrasser des stigmates du champignon atomique. Depuis, nous avons su la domestiquer pour en faire la source d’énergie la plus propre et la plus sûre (Rapport " ExternE " de la Commission Européenne, 1998) qui permet de subvenir aux besoins des économies modernes avec une emprise réduite dans le territoire et le paysage.

L’énergie nucléaire bien construite et bien exploitée fournit 30 % de l’électricité de la Communauté Européenne, c’est-à-dire plus que chacune des autres sources d’énergie, et elle bénéficie aujourd’hui de plus de 10 000 années x réacteurs d’expérience depuis une quarantaine d’années. Elle permet d’ores et déjà d’éviter 2 milliards de tonnes de CO2 par an, réduisant ainsi l’impact de l’effet de serre qui nous menace si nous continuons à brûler les combustibles fossiles, y compris le gaz.

Les énergies éolienne ou solaire sont également à encourager car elles sont propres et renouvelables. Toutefois leur caractère diffus et aléatoire ne leur permettra pas de remplacer les sources puissantes et d’utilisation continue des générateurs plus conventionnels. A titre d’exemple, il faut environ 6 000 grosses éoliennes, par bon vent, pour produire l’électricité d’une seule centrale nucléaire (nous en avons 58), et si la vitesse du vent diminue de moitié, la production d’une éolienne est divisée par 8. Par contre, les chauffe-eau solaires sont des solutions intéressantes pour notre pays.

Mais, dira-ton, l’énergie nucléaire produit des déchets, et puis il y a eu Tchernobyl.

Pour ce qui est des déchets, contrairement aux idées reçues, leur volume est extrêmement réduit (environ 1 kg par an et par habitant en France), leur enrobage dans des matrices inactives est très perfectionné et leur radioactivité décroît dans le temps : les 90 % de ces déchets deviennent inertes en 300 ans environ, les 10 % restants dits " à vie longue " sont soigneusement entreposés et ne seront dangereux que par ingestion au cours du temps. C’est pourquoi les plus actifs (1 % du total, soit 5-10g/an et par habitant) sont inclus dans du verre inaltérable pour être enfouis dans des couches d’argile imperméable. Il est donc faux de dire qu’on n’a pas de solution aux déchets nucléaires. Rappelons qu’en France on produit chaque année environ 100 kg par habitant de déchets chimiques toxiques, dont beaucoup ne sont pas dégradables et que les solutions mises au point pour le nucléaire pourraient servir pour l’industrie chimique.

Concernant l’accident " soviétique " de Tchernobyl, les affirmations les plus folles ont été colportées sur le nombre de victimes, les irradiés, les estropiés, les malformations, le " nuage ", les malades de la thyroïde. Le Professeur André Aurengo, parmi d’autres spécialistes, qui a lancé l’aide aux " enfants de Tchernobyl ", a fait le point ces derniers temps sur les conséquences de Tchernobyl tant en Russie, Biélorussie, Ukraine qu’en France (consulter son rapport sur www .ecolo .org rubrique "documents") : le nombre de morts est inférieur à 50 ; il y a environ 2 000 cancers de la thyroïde qui se sont développés chez des sujets enfants lors de l’accident, faute de prise d’iode stable, cancers qui heureusement peuvent être soignés. Il n’y a pas davantage d’autres cancers ou leucémies ou malformations dans la population après qu’avant l’accident. En revanche, le stress des personnes déplacées est cause d’affections et de morbidité. On s’accorde à penser aujourd’hui qu’on aurait pu éviter de déplacer la majorité de ces populations étant donné la dose radioactive reçue lors de l’accident comparée aux doses d’irradiation naturelle reçues par les habitants pendant leur vie. En France, l’augmentation des cancers de la thyroïde s’est manifestée bien avant l’accident de Tchernobyl, les nodules étant détectés plus finement grâce aux progrès de l’échographie ; les spécialistes en radioprotection estiment que la radioactivité du " nuage " en France et en Corse n’était pas suffisante pour avoir déclenché des cancers de la thyroïde dans la population.

Ceci n’enlève rien à la gravité de cet accident qui aurait facilement pu être évité, ou tout au moins grandement minoré. Les autorités russes et ukrainiennes qui exploitent encore quelque 16 réacteurs RBMK subsistants ont pris enfin, avec la coopération occidentale, des mesures qui auraient dû être prises pour éviter une telle catastrophe.

En Occident, les réacteurs à eau pressurisée ou bouillante ne peuvent créer un Tchernobyl, même en y mettant de la bonne volonté. L’accident américain du réacteur de Three Mile Island en 1979, un " Tchernobyl américain ", n’a fait ni mort, ni blessé, ni causé de nuisance à l’environnement, bien que le cœur du réacteur ait fondu. L’expérience de cet accident a d’ailleurs permis d’améliorer encore la sûreté des réacteurs existants pour éviter ce genre de fusion du cœur.

L’image de " Tchernoblaye " propagée dans notre Sud-Ouest relève d’une propagande dévoyée. Le risque nul n’existe pas, mais il est limité et contrôlé au maximum, d’où le constat de l’Etude " ExternE " de la Commission Européenne déjà mentionné, très positif vis à vis de l’énergie nucléaire.

L ‘énergie nucléaire civile bien menée rend de grands services à la société et en rendra encore dans les décennies qui viennent. L’épuisement que certains voudraient prédire des ressources d’uranium à court terme ne tient pas compte des nouveaux types de réacteurs qui permettent de multiplier par 50, voire plus, l’utilisation de cet uranium (les réacteurs actuels ne brûlent que 1 à 2 % maximum de la matière consommable). C’est pourquoi Superphénix a été construit. C’est peut-être aussi pourquoi d’aucuns se sont acharnés à l’arrêter.

Le " lobby nucléaire " accusé de tous les maux est un nain face à d’autres lobbys de l’ombre qui, pour des raisons politiques ou économiques, cherchent à déstabiliser le système occidental ou à retarder l’arrivée fatale de l’énergie nucléaire à grande échelle, énergie qui est loin d’avoir dit son dernier mot, notamment en ce qui concerne les transports " propres " (possibilité de génération d’hydrogène).

Le manque de " transparence " et de " démocratie " du soi-disant " lobby nucléaire " est à comparer à la transparence et la démocratie de ceux qui la combattent. L’énergie nucléaire est une énergie comme les autres, mais plus propre et plus moderne. Elle ne doit pas faire l’objet d’enjeux politiques ou idéologiques, mais bien entendu elle doit s’efforcer de rendre service à la société dans un esprit d’ouverture et de respect de l’environnement.

 

Michel Lung, ingénieur

Membre de l’Association des Ecologistes Pour l’Energie Nucléaire www.ecolo.org

Candidat Génération Ecologie à la 3ème Circonscription de la Gironde

http://generation-ecologie-gironde.ifrance.com

 

 Bordeaux, le 30 Mai 2002